Tidetable

EssaisNo 3

À propos des réponses tardives aux lettres

Une lectrice m’a écrit en mars. Je lui ai répondu en juillet. De brèves excuses qui, à mi-chemin, se sont transformées en justification de ma lenteur.

Par Ilse Marrow2 minutes377 mots

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Une lectrice m’a écrit en mars au sujet de mon essai sur le traversier. Elle avait grandi sur l’autre rive et se souvenait différemment de la sirène : deux coups brefs, disait-elle, pas un long, et seulement par temps de brouillard. C’était une lettre attentive et généreuse, de trois pages, le genre qu’on prend une soirée à écrire. Je lui ai répondu la semaine dernière. Nous sommes en juillet.

Je veux lui présenter mes excuses ici, publiquement, parce qu’elle méritait une réponse plus rapide. Je veux aussi dire pourquoi je ne suis pas certaine qu’elle méritait une réponse plus rapide.

La vitesse des choses

La plupart des messages arrivent maintenant en exigeant une réponse aussi vite qu’ils ont été envoyés. Une lettre comme la sienne demande autre chose. Elle avait été écrite lentement, exprès, et sa lenteur faisait partie de ce qu’elle disait : j’ai réfléchi à la question, et j’aimerais que vous y réfléchissiez aussi. Une réponse écrite le soir même aurait été polie. Elle aurait aussi été une sorte de refus, une façon de clore la question plutôt que de s’y attaquer.

Alors, je m’y suis mise. Je suis retournée au traversier. J’ai posé des questions au matelot sur les signaux de brume; il m’a regardée comme si je lui avais demandé si les bateaux flottent, puis m’a longuement expliqué qu’elle avait raison.11Deux coups brefs dans le brouillard, un long coup au départ par temps clair. L’essai a été corrigé, avec une note. Les corrections sont les lettres les plus utiles que je reçois, et celles auxquelles je réponds le plus vite. J’ai interrogé deux nageurs d’un certain âge, qui n’étaient d’accord ni entre eux ni avec elle. J’ai lu les règlements du port, qui ne tranchent rien et sont très longs. Au moment de lui répondre, j’avais une meilleure réponse que celle que je lui aurais envoyée en mars, ainsi que trois nouvelles questions à lui poser à la fin.

Une petite règle

Je ne veux pas ériger mon propre désordre en vertu. Certaines lettres demandent une réponse immédiate, et j’ai aussi manqué à celles-là. Mais j’ai commencé à suivre une règle, empruntée à une amie qui tient une librairie : répondre vite aux messages rapides, lentement aux lettres écrites à loisir, et jamais l’inverse.

Elle m’a répondu que ma lettre était arrivée le matin de la première journée chaude de l’année. Elle disait que l’attente en avait valu la peine. Je soupçonne qu’elle disait ça par gentillesse. Je garde quand même la lettre.

Notes

  1. Deux coups brefs dans le brouillard, un long coup au départ par temps clair. L’essai a été corrigé, avec une note. Les corrections sont les lettres les plus utiles que je reçois, et celles auxquelles je réponds le plus vite. ↩

La lettre

Une lettre, le premier dimanche du mois.

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